Les premiers chrétiens n'auraient pas pu imaginer l'histoire de « conversion » violente qu'a subie la Russie. Et ils n'auraient pas voulu le croire non plus. Et ils n'auraient pas voulu entendre ce qui se passait à cette époque dans la ville « chrétienne » de Constantinople. Mais grâce à Christ, et à ce que l'église Byzantine se souvenait de lui, un miracle s'est opéré.
Les prêtres byzantins qui étaient venus en Russie avec Anna ont travaillé main dans la main avec le prince Vladimir. Vêtus de longues robes noires, avec des barbes abondantes et de hauts chapeaux cylindriques, ils décoraient leurs lieux de culte d'icônes soigneusement peintes. L'encens de leurs encensoirs oscillants remplissait l'air. Ça et là de nouvelles églises jaillissaient où, derrière de splendides cloisons peintes, les prêtres célébraient l'Eucharistie devant des congrégations qui chantaient des psaumes et priaient.
Mais les prêtres faisaient plus que simplement observer les rituels. Lire les Écritures constituait encore une partie importante de l'adoration Byzantine, et en Russie, cela a eu des conséquences que personne n'aurait pu prévoir.
La Bonne Nouvelle
Les prêtres d'Anna ont apporté avec eux la Bible de Cyril en langue slavone. Quand ils lisaient dans celle-ci, les russes levaient la tête, surpris d'entendre des histoires simples dans leur propre langue.
Les traducteurs de Cyril avaient bien réussi les Évangiles. Ils avaient raconté les histoires de Jésus et les Actes des Apôtres avec un langage slavon si simple que personne ne pouvait mal les comprendre. Mais pour ce qui était des épîtres, ils avaient rencontré des problèmes. Beaucoup de termes dans l'original grec ne possédaient pas d'équivalent en slavon – ils ont donc dû inventer de nouveaux mots. C'était d'abord les slavons occidentaux, puis maintenant les russes qui ne comprenaient pas ces mots. Cela rendait les épîtres difficiles à lire et à retenir. Les premiers prêtres russes se sont aperçus de cela, et ils ont décidé de s'en tenir aux Évangiles, au moins pour la plupart des offices de l'année. Les russes, surtout ceux qui étaient illettrés, aimaient énormément écouter les histoires de l'Évangile (même s'ils restaient debout pendant les offices qui pouvaient durer entre cinq et sept heures) et apprenaient avidement les hymnes grecs qui accompagnaient leur lecture.
Deux Types de Chrétiens
Pendant le Moyen Âge, au milieu d'une époque de grande méchanceté et d'agitation parmi les nations « chrétiennes, » les habitants de la Russie ont entendu l'Évangile. Dans beaucoup de coeurs, il est tombé sur une bonne terre. Il a pris racine et a porté beaucoup plus de fruit que personne ne l'aurait cru.
Comment cela s'est-il passé ? Les russes étaient-ils aveugles par rapport aux fautes de Byzance ?
Absolument pas.
Des siècles avant la « conversion » de la Russie, le christianisme byzantin était devenu une « église d'état. » Les chrétiens à Byzance croyaient que Dieu voulait que leurs empereurs dominent sur le monde entier. Ils s'attendaient à ce que leurs empereurs punissent les méchants, protègent l'église, et soumettent les infidèles au nom de Christ. Cela les a mené dans une vie terriblement mondaine et pécheresse.
Aucun roi sur terre n'avait vécu aussi somptueusement que les empereurs « chrétiens » à Constantinople. Aucun n'avait porté des titres aussi magnifiques, et sans doute aucun n'avait été aussi obstinément méchant. Après Constantin I, l'empereur « converti » qui avait fait tué son fils et suffoqué sa femme dans sa baignoire, trente empereurs byzantins sont morts violemment – morts de faim, empoisonnés, aveuglés, tués à coup de gourdin, étranglés, poignardés, démembrés, ou décapités. Des intrigues sans fin déchiraient les familles royales et mettaient en opposition les fonctionnaires de l'état comme de l'église entre eux. Les gens commençaient à s'habituer à ce que les jeunes héritiers tuent leurs frères plus âgés, et quand les ennemis et les malfaiteurs devaient être punis, leur imagination n'admettait aucune limite.
A Byzance, noyer les voleurs ou les apostats ne suffisait pas. Les autorités « chrétiennes » enfermaient les gens dans des sacs accompagnés de cochons, coqs, serpents ou singes vivants, avant de les jeter dans la rivière. Les coupables payaient pour leurs fautes en se faisant couper une main, un pied, ou encore une oreille. Parmi les punitions ordinaires on comptait arracher la langue, fendre le nez, ou jeter les gens liés sur des lits d'épines. Il arrivait fréquemment que les armées vaincues soient aveuglées et castrées dans leur ensemble. Dans la bataille où le prince Vladimir était allié avec les byzantins, ils ont pris quinze mille jeunes bulgares comme prisonniers de guerre. Sur cent hommes, ils en laissaient un seul avec des yeux pour guider ses camarades sur la route du retour. La scène était tellement horrible que quand leur roi les a aperçu à leur retour – gémissant, agrippés les uns aux autres, laissant derrière eux une traînée de sang – il tomba, traumatisé et mourut peu après.
Tout cela les russes connaissaient bien. Et ce qu'ils n'avaient pas vu parmi les « chrétiens » à Byzance, ils l'ont bientôt vu à Kiev. Mais le Seigneur les a aidés à comprendre que cela ne constituait qu'un côté – le côté sombre et « mondain » du christianisme au dixième siècle – et qu'assurément, il y avait un autre côté.
Par-ci par-là, au travers de l'empire byzantin, souvent cachés mais demeurant fermes en Christ, il y avait des restes de la véritable foi. Par-ci par-là, surtout parmi les ordres religieux, des hommes et des femmes qui aimaient Christ sincèrement vivaient en communion avec lui. Ils chérissaient les enseignements de Christ et lui obéissaient. Puisqu'ils parlaient et lisaient le grec, ils utilisaient les écrits des premiers chrétiens. Ils chantaient les chants des premiers chrétiens. Même en Russie, où des missionnaires étaient venus peut-être déjà à l'époque de Paul aux colonies grecques au bord de la Mer Noire, il y avait des gens qui savaient que le christianisme était plus que ce qu'avait découvert le Prince Vladimir.
En Bulgarie et en Moravie, certains chrétiens slaves, des disciples de Cyril et Méthode, avaient toujours pris l'Évangile au pied de la lettre. Cela faisait longtemps qu'ils avaient appris à prendre ce qui était bon dans le christianisme grec, et laisser le reste. Des centaines de russes, surtout ceux qui travaillaient dur et étaient pauvres, les muzhiks (paysans), ont appris à en faire autant. La doctrine byzantine, ils ne connaissaient pas et ne s'y intéressaient pas. Ils ne s'inclinaient pas devant l'église de l'état, mais devant Christ, et beaucoup de ce qu'elle lui disait « rentrait dans une oreille, et ressortait de l'autre, » comme l'a exprimé un croyant de l'époque habitant à Pskov : Je suis un villageois. J'ai appris à lire et à écrire, mais je n'ai jamais examiné les subtilités grecques. Je n'ai jamais lu les rhéteurs ni les astronomes. Je ne suis pas né à Athènes, et je n'ai pas conversé avec les philosophes. Tout ce que j'ai étudié c'est l'enseignement de Christ1.
« L'église » et les « croyants »
Pour la plupart des russes il était évident que certains de leurs dirigeants « chrétiens, » qu'ils soient du domaine civil ou ecclésiastique, étaient des vermines qui se précipitaient sur le chemin vers l'enfer. Ils déploraient cela, mais ne pensaient pas qu'il puisse en être autrement. Après tout, ces dirigeants prétendaient eux-mêmes être les successeurs des rois d'Israël. Que certains d'entre eux soient des Saüls, des Achab ou des Manassehs, c'était finalement assez logique. Mais pendant que leurs dirigeants construisaient la « Kiev dorée, » la couronnant de croix, de tourelles et de dômes brillants, un autre royaume prenait forme en Russie.
C'était un royaume intérieur – un royaume de croyants – dirigé par ...
« retour au chapitre 3 sommaire lire chapitre 5 »
Traduit et mis en ligne par eglisedemaison.com Nous aimerions lire vos commentaires : cliquez ici