Le cœur et l'âme de l'ancienne Russie


Yekaterina, quand elle a tout quitté pour suivre Christ, se souvenait d'un type de croyant russe très répandu et très particulier — le poustinik. De temps en temps un paysan, ou moins fréquemment un russe aisé comme Pyotr, décidait se débarrasser de ses affaires et se dirigeait vers la poustinia, un mot qui signifie le désert.

Toutefois, le poustinik n'allait pas dans un désert littéral. Il se revêtait simplement d'habits rugueux en lin et s'en allait vivre dans la maison la plus simple et la plus rudimentaire du village. C'est là que, sans verrou à sa porte, il vivait sans autre possession que sa Bible, son pain quotidien et ses habits.

Le poustinik n'était nullement un ermite. Se rendant disponible de nuit comme de jour, il vivait pour aider les autres. Que ce soit nourrir les pauvres, conseiller un pécheur angoissé à minuit, ou aider un fermier à vite rentrer son foin avant la pluie, peu importe. Il vivait dans le « désert » dans le sens où il était libéré de ses ambitions personnelles pour laisser Christ se servir de lui comme il Lui semblerait bon. Tout son temps libre, il le passait seul dans sa maison ou dans son jardin.

A faire quoi ?

Voué à découvrir ce que savaient les croyants russes mais que nous occidentaux ignorons, je me suis lancé dans un voyage spirituel au travers du pays des Tzars, de réunions secrètes dans les bois ou dans les sous-sols, de la demeure de Tolstoï à Yasnaya Polyana, de vertes vallées entre des chaÎnes montagneuses aux sommets enneigés dans le Caucase, de communautés de Combattants de l'Esprit à Tambov, Saratov et Tver, de Vieux Croyants si pauvres qu'ils utilisaient des estomacs de vache en guise de vitres en Sibérie, d'un monastère en rondins de bois sur la rivière Sora… et jusque là où son histoire a commencé dans ce qui est maintenant l'Ukraine.

Kiev

Les cavaliers dans les rues de Kiev ne se souciaient pas d'éviter d'éclabousser les passants en l'an 980. Les femmes de Kiev ne portaient pas de soie. Sous d'épaisses toitures de chaume, elles tissaient de l'écorce pour faire des chaussures tout en préparant le repas à feu ouvert. Kiev était une ville jeune, et son gouverneur, le Prince Vladimir, était un jeune homme.

La Russie elle-même — basée à l'époque autour de Kiev sur le Dnepr — paraissait jeune en l'an 980. Jeune et rude, le Prince Vladimir a démarré son règne en tuant son frère aÎné, qui lui-même avait tué ses autres frères, afin de prendre le trône à la mort de leur père. De tels événements — meurtres, trahisons et actes de vengeance — étaient chose courante parmi les slaves et les norses (les Varangues) qui habitaient aux bords du Dnepr. Mais loin vers le sud, une série d'événements avait commencé qui changerait la Russie définitivement.

Cyril

Bien avant que le Prince Vladimir avec ses sept femmes et ses idoles en bois ne vainque son frère et ne s'usurpe le royaume des russes à Kiev, un jeune homme à Thessalonique s'est vaincu lui-même et a décidé non de régner, mais de servir Christ. Il s'appelait Cyril. Il parlait le grec. Comme d'autres chrétiens à Thessalonique, Cyril maintenait la voie de Christ bien que tant d'autres se soient relâchés et soient devenus mondains. Il s'est préparé à servir Christ en étudiant à l'Université Impériale à Constantinople.

Dans la capitale de l'empire Byzantin — une ville glorieuse où vivaient luxueusement l'empereur, le Patriarche de l'Eglise Orthodoxe, et d'innombrables marchants, prélats, et officiers militaires — Cyril se sentait minuscule, mais non perdu. Il s'empressait de finir ses études au plus vite, et a obtenu une commission pour un voyage d'affaires vers les tribus arabes et khazars dans l'Est.

Durant son séjour avec les khazars, à qui il racontait des histoires bibliques, Cyril apprit tout ce qu'il pouvait des vastes steppes et des grandes forêts au nord. Il apprit qu'il y avait d'autres tribus — notamment les slaves russes — qui vivaient dans des villages sédentaires, qui faisaient de l'élevage et cultivaient des fruits, mais qui servaient des idoles de bois. Après en avoir rencontré quelques-uns, Cyril sentit ce que Christ voulait de lui.

De retour à Constantinople, Cyril apprit que Ratislav, un dirigeant d'une tribu slave au nord du Danube, avait appelé des enseignants Chrétiens. Avec son frère Méthodius, il entrepris en l'an 863 de répondre à cet appel.

Le long des rivières et au travers des forêts où vivait le peuple de Ratislav, là où se situe aujourd'hui la République Tchèque, Cyril et Méthodius avancèrent petit-à-petit, et apprenaient le slavon tout en enseignant Christ. Dès le début, Cyril avait déterminé d'enseigner aux slaves ce que Christ lui-même avait enseigné. Mais il y avait un obstacle majeur. Très peu de Slaves savaient lire et écrire. Ceux qui étaient lettrés utilisaient un ensemble désordonné de lettres pour représenter les sons du slavon. Cyril a tout-de-suite proposé de leur enseigner une meilleure méthode.

Avec l'aide de Méthodius, Cyril a rassemblé un groupe de jeunes slaves et a commencé à écrire avec un morceau de charbon de grandes lettres noires sur de l'écorce de bouleau, en épelant les sons. Ce fut rapide. Les jeunes, enthousiasmés de leur découverte que « l'écorce de bouleau parle » s'empressèrent de partager avec leurs parents ce que Cyril et Méthodius leur avaient dit de Christ.

Se familiarisant de plus en plus avec le slavon, Cyril et Méthodius se sont rendus compte que leur alphabet grec n'avait pas les lettres nécessaires pour représenter tous les sons. D'autre part, avec les matériaux rudimentaires qu'ils utilisaient, ils ne pouvaient pas faire des lettres grecques bien formées. Mais Cyril n'a pas désespéré. Avec l'aide d'un autre chrétien venu de Moravie, Clément d'Ohrid, il emprunta de l'Hébreux et du Grec des formes simples et nettes, et en inventa d'autres. « Nous pouvons nous baser sur d'autres alphabets, » décida-t-il, « et si nous ne trouvons rien qui convienne, nous devrons simplement inventer nos propres lettres. »

Cet alphabet, utilisé aujourd'hui par plusieurs centaines de milliers de slaves, s'appelle le Cyrillique, et Cyril n'est pas mort sans avoir appris aux slaves comment s'en servir et leur avoir fait traduire la Bible entière, y compris les textes apocryphes.

La « conversion » de la Russie

Durant la vie de Cyril et Méthodius, un grand nombre de slaves occidentaux entendirent parler de Christ et des Écritures. Beaucoup s'étaient fait baptiser. Mais peu de slaves orientaux (russes) entendirent parler de Christ jusqu'à ce que Basil II, l'empereur « Chrétien » de Byzance, demande au Prince Vladimir de l'aider à lutter contre les Bulgares.

Les russes et les Byzantins, ensemble, remportèrent la victoire. Ils fêtèrent leur victoire et tout se passa bien jusqu'à ce que l'empereur apprenne le paiement qu'exigeait le Prince Vladimir — la sœur de Basil, Anna, en mariage !

Basil et sa sœur étaient choqués. Vladimir avait déjà sept femmes. Anna était une femme byzantine bien éduquée, et « chrétienne ». Ils seraient horrifiés qu'elle vive en Russie païenne. Mais Vladimir ne s'en laissait pas dissuader. Lorsqu'Anna refusa de venir à Kiev, il appela ses troupes et envahit la Crimée (un territoire Byzantin), s'emparant de la ville de Kherson (appelée aujourd'hui Sébastopol) et prenant en otage tous les habitants.

Basil proposa alors une solution : si le Prince Vladimir se convertissait au Christianisme, et avec lui son peuple russe, Anna viendrait. Vladimir consentit promptement. Anna prit ses affaires et débarqua peu après — toujours appréhensive — sur la côte de Crimée.

Vladimir rassembla ses troupes pour une grande fête et une célébration de noces. Un prêtre grec — un pape comme on l'aurait appelé à Byzance — le baptisa par immersion et l'unit en mariage à Anna. Puis les russes retournèrent le long du Dnepr vers Kiev. Partout Vladimir s'écriait : « Maintenant, nous sommes chrétiens ! Dehors les faux dieux ! »

A Kiev, Vladimir fit descendre la ville entière vers la rivière. Encerclés par des soldats préalablement « christianisés » aux sabres dégainés, les habitants ne pouvaient s'empêcher d'être tirés à l'eau pour être baptisés. Vladimir abattit le temple qu'il avait construit et jeta les idoles, y compris une immense statue du dieu slave Perun, dans le Dnepr. Des hommes équipés de longues perches poussaient les idoles le long du Dnepr pour être emportés par les courants. Au travers de la Russie, de Kiev à Novgorod, les Volkhvy (les prêtres païens) prirent la fuite, leurs temples tombèrent, et des guerriers assistaient des prêtres dans le baptême des masses.

Soixante ans plus tard, un historien de Kiev écrivit :

Les ténèbres du culte démoniaque périt, et le soleil de l'évangile luisit sur notre terre. Les temples des idoles furent détruits et des icônes des saints apparurent. Les démons s'enfuirent. La croix sanctifia les villes. Comme des bergers d'agneaux spirituels, vinrent des évêques, des prêtres et des diacres, pour offrir le sacrifice immaculé. Ils ornèrent tout le sanctuaire et couvrirent les saintes églises de beauté. La trompette des anges et le tonnerre de l'Evangile résonnèrent dans toutes les villes. L'air était sanctifié par l'encens qui montait vers Dieu. Des monastères se tenaient dans les montagnes. Les hommes et les femmes, les grands et les petits, tous remplissaient les saintes églises.

La date du grand baptême à Kiev, l'an 988, marqua le début du Christianisme en tant que religion officielle de Russie. Mais le Royaume des Cieux, le territoire spirituel des poustinikki et de l'église « souterraine », vint…

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Traduit et mis en ligne par eglisedemaison.com Nous aimerions lire vos commentaires : cliquez ici