L'UNANIMITE

par G. H. Lang


CHERS AMIS,

Comme nous l'avions résolu récemment, j'ai présenté ici mon opinion sur la question dont nous discutons depuis quelques temps, à savoir, si, d'après la Parole de Dieu, le Seigneur accepte que nous décidions des choses qui se présentent à nous en tant qu'église par un vote à la majorité des membres présents, ou bien si, dans Sa Parole, Il ne nous enseigne pas plutôt d'attendre que nous soyons arrivés à un commun accord avant de prendre la décision.

Pour moi, comme je vous l'ai expliqué, c'est la deuxième de ces méthodes que je crois être en accord avec la Parole; et voici quelques-unes des raisons à cela, et de mes objections à la première méthode :--

1. Considérant que l'Eglise de Dieu détient la responsabilité d'être la représentation visible du royaume du Seigneur Jésus devant le monde, de sorte que les hommes du monde Le jugent selon ce qu'ils voient en nous, il est manifestement de la plus haute importance que, avant de mettre en action une proposition quelconque, nous soyons aussi certains que possible que celle-ci est juste et droite, et qu'elle plairait à Celui dont nous voulons faire la volonté. Or, l'expérience a amplement démontré que c'est souvent la minorité qui a raison, et la majorité qui a tort; et il est donc clair que le vote à la majorité est au mieux un moyen peu fiable de déterminer ce qui est juste et bon; et s'il en est ainsi dans les affaires humaines, dont les hommes peuvent être supposés avoir une certaine connaissance et expérience, ce sera encore plus vrai dans les affaires divines ayant trait au Royaume de Dieu, dont nous n'avons aucune connaissance naturelle du tout.

Et nous verrons encore plus clairement à quel point nous sommes incapables, dans ce domaine, d'arriver à une connaissance de Sa volonté par la méthode douteuse dont il est ici question, si, comme je vais tenter de le montrer, loin de chercher à faire connaître à l'Eglise Ses désirs par le moyen du vote, Le Seigneur a au contraire promis de révéler Sa volonté en amenant Son peuple à un jugement unanime.

Considérant l'immense importance qui est attachée à ce que fait Son peuple, aussi bien pour la gloire de Son nom que pour la bénédiction des hommes; et considérant aussi que nous ne pouvons nullement, en tant qu'église, être certains de faire ce qui Le glorifiera et bénira nos frères à moins qu'Il ne nous dirige, il me semble que ce serait très étrange s'Il ne nous avait laissé de moyen plus sûr de connaître Sa volonté et d'entendre Ses instructions que d'agir selon l'avis de la seule majorité de ceux qui étudient l'affaire dont il est question.

Nous avons tendance à faire de plus grandes erreurs dans les choses du royaume que dans les choses de ce monde du fait que, malheureusement, nous avons souvent les pensées si charnelles et si peu spirituelles, que nous ne comprenons que lentement les choses divines. A cause de cette faiblesse, il devient nécessaire de considérer plus attentivement et plus longuement les questions spirituelles qu'il ne le faudrait pour une simple question de la vie matérielle; mais il est évident que les questions qui sont résolues par vote à la majorité des membres présents peuvent toujours être réglées aussitôt qu'elles se soulèvent, car, dans le cas où il y aurait un nombre égal pour et contre, on donne à celui qui préside une voix supplémentaire, ce qui permet de faire la majorité immédiatement. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est pour nous protéger des erreurs qu'engendre nécessairement une telle hâte que le Seigneur nous demande d'attendre d'être parvenu à l'unanimité avant de prendre quelque décision que ce soit. En tout cas, il me paraît évident qu'une méthode qui n'est pas plus probable d'aboutir à une bonne décision qu'à une mauvaise ne peut être une méthode divine, et ne devrait pas d'être employée par ceux qui possèdent la nature divine, et qui sont donc en mesure d'avoir la pensée de Christ (2 Pierre 1:4; 1 Cor. 2:16), qui dans Son oeuvre, ne connaît pas l'erreur.

2. Une deuxième objection très grave à cette méthode est qu'elle donne lieu à la division, aussi bien secrètement que publiquement; une vérité que tous ceux qui ont quelque expérience en la matière ne manqueront, hélas, de connaître. Peut-on concevoir d'une méthode qui engendrerait davantage de disputes et de division que celle qui consiste à rejeter totalement ce qu'une partie de l'église souhaite, et considère sincèrement comme étant pour le bien de l'oeuvre, pour la simple raison qu'une autre section de l'église, qui n'a d'autre mérite que d'être supérieure en nombre, possède une opinion différente?

J'aimerais aussi suggérer fortement qu'aucune méthode calculée de façon à causer la division, ou même susceptible d'y mener, ne peut provenir de ce Dieu qui "n'est pas un Dieu de désordre mais de paix" (1 Cor. 14:33).

Par contre, si l'on ne fait rien tant que l'on n'est pas parvenu à un jugement unanime, tous sont satisfaits de la décision qui est prise; et ainsi, on évite la discorde et la division, tandis que l'accord et l'union sont fortifiés, apportant la bénédiction spirituelle à toute la communauté.

3. Puisque nous prions, "Ne nous induis pas en tentation," une méthode qui a tendance à nous induire en tentation ne peut pas être de Dieu, qui nous délivre du Malin. Mais supposons qu'un frère soit possédé d'une ardente et honnête conviction que le plan qu'il propose est bon et droit; la méthode dont il est question ici ne lui présente-t-elle pas de très sévères tentations de se conduire de manière injuste? Il sera poussé à faire réunir en masse tous ceux qui sont de sont de son avis, de sorte à emporter la majorité, plutôt que de laisser au Seigneur le soin de rassembler ceux qui sont qualifiés pour traiter du problème dont il est question. Il sera tenté de gagner des adeptes à sa cause par la véhémence de son argumentation plutôt que de soumettre patiemment son opinion au Seigneur. Dans son avidité de gagner une majorité de votes, il sera vraisemblablement plus enclin à persuader les autres par ses raisonnements qu'à se laisser persuader par ce que les autres ont à dire, même s'ils expriment la pensée du Seigneur.

Le fait que ces tentations sont présentes parmi nous et qu'il n'est pas rare que des frères tombent sous leur pouvoir, en cherchant à avoir la majorité des membres de leur côté, m'amène à me demander si la méthode qui donne lieu à ces tentations peut vraiment être du Seigneur.

D'un autre côté, si l'on cherche l'unanimité, la première tentation est totalement bannie de par la nécessité d'arriver à un accord complet entre tous les membres, et les deux autres, si elles ne sont pas entièrement supprimées, sont tout de même nettement affaiblies, tandis que s'accroît le désir de chacun de laisser tomber son opinion personnelle, si nécessaire, afin d'arriver à la pensée du Seigneur, ce qui est la seule manière d'obtenir une décision unanime.

En résumé, la première méthode m'incitera probablement à pousser mes propres opinions (croyant peut-être sincèrement qu'elles sont bonnes et justes); l'autre exige que j'attende patiemment que le Seigneur révèle Sa pensée.

4. Ma quatrième objection est la suivante. Dans Romains 14, versets 4 et 5, 1 Cor. 12:12-27, Éphésiens 4:11-16, ainsi que d'autres passages, l'Eglise est comparée au corps humain, et celui-ci sert d'illustration de sa relation avec Christ. Chaque croyant est membre individuellement de ce corps spirituel, tandis que le Seigneur Jésus en est la tête. Plus on étudie avec prière cette analogie, plus on verra que c'est la comparaison la plus parfaite que la sagesse de Dieu nous ait présentée pour illustrer le fonctionnement de l'Eglise.

Deux aspects du corps humain apparaissent clairement -- (a) que ce ne sont pas les membres qui planifient et dirigent et contrôlent le corps; seule la tête détient ces fonctions, et c'est le devoir et la beauté des membres que de reconnaître et d'obéir aux impulsions de la tête: (b) que s'il y a un manque d'unité et d'harmonie dans la coopération des membres en vue de faire la volonté de la tête, cela indique que les membres qui en sont affectés sont malades; ainsi, par exemple, si un bras ou une main ne coopérait pas avec l'autre pour accomplir ce qui est demandé, il est clair que ce membre est devenu plus ou moins indépendant de la tête.

Lorsque l'on tombe dans cet état, on doit patiemment chercher à rétablir dans le corps le contrôle absolu de la tête; et de même, quand il se trouve dans l'église qu'il y a une divergence d'opinion concernant la vie et l'oeuvre de l'église, on doit, par la patience et par la prière attendre que le corps tout entier soit replacé sous le contrôle absolu du Seigneur et ramené dans l'unité d'opinion et d'action. Il est vrai que, dans le corps humain, cela est parfois impossible, et l'on est contraint de prendre des mesures contre le membre malade pour lui empêcher d'avoir part au fonctionnement du corps, et pour éviter qu'il n'ait un effet néfaste sur les autres membres; mais cette nécessité n'influe en rien sur l'unité des autres membres ni sur leur soumission envers la tête: de même, il est vrai qu'il arrive parfois qu'un croyant cesse de se soumettre au Seigneur à un tel point qu'il devienne nécessaire de le retrancher du fonctionnement de l'église et de lui empêcher d'induire en erreur les autres croyants, ce que fait le Seigneur, soit par le moyen d'une maladie, soit par la mort, soit par l'église, qui, sous la direction du Seigneur, prend les mesures nécessaires pour empêcher à l'offenseur de nuire davantage à l'oeuvre du Seigneur; mais cela n'empêche toujours pas aux autres membres de se soumettre au Seigneur dans l'unité.

Ainsi les difficultés que soulève l'unanimité ont une solution simple, et ne justifient aucunement de quitter la loi de la soumission entière du corps envers la tête, et de la coopération ininterrompue entre les membres.

Qu'une église abandonne cette règle et agisse en fonction des désirs de la seule majorité de ses membres, c'est comme si les affaires et les actions du corps d'un homme n'étaient décidées que par une partie de ses membres, ce qui revient, dans la pratique, à nier l'autorité et la direction absolue de la tête, et c'est un moyen sûr de produire la confusion et non pas la coopération. Car qu'arriverait-il si mon corps se déplaçait dans une certaine direction et cherchait à travailler, sans avoir de moyen plus sûr de connaître la volonté de ma tête que le fait que mes deux jambes et mes deux pieds, un bras, une main et un oeuil, constituant une majorité de mes membres actifs, manifestaient certaines impulsions, contraires à celles de l'autre oeuil, du bras et de la main restants, qui représentent une minorité de mes membres actifs?

Cette analogie frappante entre le corps et l'église constitue pour moi une preuve certaine que le vote majoritaire n'est pas une pratique instituée par Dieu ni approuvé des Ecritures, aussi commode et satisfaisante semble-t-elle dans les sociétés du monde.

5. Ces dernières remarques mènent à considérer le fait que lorsque l'église n'agit pas en totale unité, elle perd l'une des formes les plus efficaces de témoignage envers le monde.

Dans Jean 17:20-23, le Seigneur Jésus dit, dans sa prière au Père, "Or je ne fais pas seulement des demandes pour ceux-ci, mais aussi pour ceux qui croient en moi par leur parole; afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi; afin qu'eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que toi tu m'as envoyé. Et la gloire que tu m'as donnée, moi, je la leur ai donnée, afin qu'ils soient un, comme nous, nous sommes un; moi en eux, et toi en moi ; afin qu'ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que toi tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé."

Sans chercher à faire une exposition exhaustive de ce passage, contentons-nous de remarquer trois choses :--

(a) Le Seigneur désire que tout Son peuple soit perfectionné dans l'unité;

(b) Le modèle de cette unité, c'est l'unité du Père et du Fils;

(c) Le but de cette unité, c'est le témoignage apporté au monde.

Par rapport au point (a), la prière du Seigneur était faite dans le but que le Saint Esprit soit donné à tous ceux qui croiraient en Son nom, afin que, grâce à l'Esprit de Dieu qui habite en chacun de nous, nous puissions être tous unis en Dieu ; de sorte que (b), le modèle de notre unité soit l'unité du Père et du Fils, qui sont un dans la communion de la troisième Personne de la Divinité, l'Esprit. Mais, par rapport à la question dont nous parlons, il est à noter que le Père, le Fils et l'Esprit sont un non seulement en Personne, mais aussi en action ; dans toutes leurs actions, il y a l'unité la plus parfaite et la plus harmonieuse : et ce serait ni plus ni moins que du blasphème, et il faudrait pour cela être totalement athée, que de supposer que les actions de la Divinité seraient dirigées par la décision de deux de Ses membres seulement, tandis que l'autre, soit serait opposé, soit consentirait à se laisser diriger par la voix de la majorité.

Mais tel étant le cas avec les trois personnes de la Divinité, et une telle chose étant totalement incompatible avec l'unité du Père, du Fils et du Saint Esprit, comment pourrait-elle davantage s'appliquer à ceux qui, étant habité de ce même Esprit, sont sensés être unis dans leur vie et dans leurs actions pour se conformer au modèle de l'unité de Dieu, comme le Seigneur a prié "qu'ils soient un, comme nous, nous sommes un"?

Quant à notre dernier point (c), il est à noter que les croyants doivent manifester publiquement une union corporative, pour que le monde la voie. Le but que le Seigneur cherche à atteindre, c'est que le monde sache et croie qu'Il a été envoyé par le Père, et que le croyant a une part dans l'amour du Père envers le Fils. Pourquoi Il a choisi cette méthode, c'est ce que je vais chercher à montrer par la suite, mais ce sur quoi je voudrais insister pour le moment, c'est qu'en abandonnant volontairement l'unité d'action par la pratique du vote majoritaire, on ne cherche manifestement pas à atteindre cette unité qui est mise en avant dans les paroles de Jésus, et on ne peut donc pas s'attendre à obtenir ce témoignage qui ne peut résulter que de l'unité qu'Il enseignait.

J'aimerais suggérer que toute action que tend à ternir, ne serait-ce même que partiellement, le témoignage des enfants de Dieu devant le monde, ne peut en aucun cas être une voie provenant du Père, mais plutôt du monde.

6. De ce qui précède se pose une objection, la réponse à laquelle pourra nous amener à expliquer comment il est possible d'arriver à l'unité d'opinion et d'action.

Non seulement dans les affaires divines, mais aussi dans les affaires de la vie humaine, la question du "Comment?" est toujours d'importance relativement secondaire. Nous devons au moins nous efforcer d'obéir à la volonté révélée du Seigneur, et chercher à obtenir l'unanimité; et nous pouvons laisser à Dieu la question de comment il Lui est possible de conduire à l'unité de nombreuses personnes de caractères incompatibles et de façons de penser différentes, ayant diverses manières de traiter le même sujet et parfois des façons opposées de faire la même chose.

Il est certes bien vrai qu'humainement parlant, l'unanimité est impossible. Rassembler des dizaines, voire peut-être des centaines d'hommes et de femmes et s'attendre à ce qu'ils arrivent à une décision unanime sur des questions qui sont souvent d'une nature délicate et difficile, c'est rechercher plus que ne peut accomplir la nature humaine déchue. Parce que chaque esprit humain est un individu doué du pouvoir et de la tendance à agir indépendamment de tous les autres, il est donc vrai qu'il y a souvent autant d'avis que hommes.

Mais, comme nous l'avons vu, le fait glorieux et d'importance suprême, c'est que les enfants de Dieu, au lieu d'être entièrement séparés spirituellement de toutes les autres créatures, sont tous habités par un seul et même Esprit, l'Esprit de Christ; et lorsque l'on reconnaît clairement ce fait et qu'on le met en pratique, ce qui était impossible à l'homme devient possible à Dieu. Le corps humain est composé de nombreuses substances différentes, et les membres -- les mains, les oreilles, les yeux, etc. -- varient considérablement en forme et en utilisation, et pourtant toutes ces différences marquées ne nuisent pas au travail harmonieux de tous les membres du corps, parce que chaque partie est sous l'influence personnelle de l'esprit unique qui habite le corps entier. De même, il est vrai que les membres du corps de Christ diffèrent beaucoup, mais parce que nous sommes tous habités du même Esprit, la coopération de tous les membres est rendue possible, et elle doit être recherchée. Il est possible dans ce domaine comme dans bien d'autres, qu'une harmonie pleine et éternelle ne soit atteinte que quand les dernières traces de l'esprit charnel et rebelle auront été supprimées au retour du Seigneur ; mais, d'un autre côté, dans ce domaine, comme pour les autres fruits de l'esprit, nous devons rechercher la perfection et s'appliquer "à garder l'unité de l'Esprit" (Eph. 4:3); and alors on pourra atteindre une unanimité qui nous étonnera, tout comme nous aurions été étonnés autrefois si l'on nous avait dit que nous pouvions avoir par l'Esprit l'amour, la joie et la paix au point où nous les avons maintenant.

Voici maintenant pourquoi je crois que le Seigneur a choisi cette unité de pensée et de travail pour être Son témoignage envers le monde. C'était pour qu'en voyant Son peuple se baser sur un principe et une façon de faire que le monde n'a jamais trouvé praticable de manière prolongée, il soit apparent devant celui-ci qu'un pouvoir divin est à l'oeuvre parmi eux, que l'Esprit de Dieu les dirige, et non l'esprit du monde. Et c'est pourquoi je dis que ce témoignage est totalement défait si l'on emploie parmi nous le vote majoritaire pour résoudre une question, car c'est cette méthode même qu'utilisent uniformément tous les hommes du monde comme étant la seule méthode praticable qu'ils connaissent ; et je n'ai aucun doute que c'est d'eux que cette mauvaise pratique, comme tant d'autres, a été empruntée pour être adoptée par l'Eglise, dans les jours où, en tolérant le mal et les fausses doctrines, elle avait peiné le Saint Esprit jusqu'à mettre en péril son aide unifiante et directrice.

Mais pour reprendre le point principal de cette sixième partie de mon argumentation, et énoncer clairement l'objection que je cherche à faire, je suggère que, puisque c'est l'une des fonctions et des droits de l'Esprit que de contrôler le corps entier, si nous, en tant qu'Eglise, nous affirmons arbitrairement qu'Il exprimera Sa volonté par une partie seulement des membres du corps ici présents, nous prenons le rôle de Lui dicter notre volonté, à Lui à qui il est notre devoir et notre sagesse d'obéir, et ainsi, nous Lui empêchons de faire pleinement ce qu'Il voudrait gracieusement faire pour nous bénir, à savoir, nous conduire à l'unanimité; et nous perdons aussi la certitude de connaître Sa volonté que seule une décision unie peut manifester ; car, tandis qu'il serait clair quelle est le souhait de mon esprit si mon corps entier travaillait vers un même but, ce serait nettement moins clair si une partie seulement de mes membres cherchaient ce but, alors que les autres s'y opposaient.

7. Septièmement, on doit noter que le témoignage de la Bible tout entière, va dans le sens de l'unanimité. On le voit clairement en observant deux choses très remarquables -- premièrement, que dans la Parole de Dieu, l'unanimité est associée à la prospérité spirituelle; et, deuxièmement, que la division est toujours accompagné d'un manque de spiritualité.

Par exemple, le peuple d'Israël dans le désert était dans un état d'incrédulité au moment où les espions sont allés en Canaan pour explorer le pays, et dix parmi les douze hommes sélectionnés reflétaient la condition des Israëlites, de sorte qu'ils cherchaient à les dissuader d'entrer dans la terre promise, tandis que seulement deux hommes, Josué et Caleb, les persuadaient d'y entrer. C'est là un cas très frappant où la minorité avait la pensée du Seigneur, mais où la majorité l'a emporté sur eux; et en agissant selon l'opinion de la majorité, le peuple entier a commis une grave erreur.

En encore, considérez l'état lamentable du royaume au temps où une partie du peuple suivait Saul, tandis qu'une minorité cherchait à aider David; mais comme il est remarquable (1 Chr. 12:40 et 38) qu'"il y avait de la joie en Israël" lorsque "tout Israël était d'un seul coeur pour établir David roi;" Encore une fois, quelle période de prospérité spirituelle fut inaugurée quand David proposa de rechercher le Seigneur à nouveau et d'adorer devant l'arche du Seigneur, et que "toute la congrégation dit qu'on fît ainsi; car la chose était bonne aux yeux de tout le peuple."

D'un autre côté, voyez comme la situation était misérable quand la plus grande partie du peuple adorait Baal, tandis que 7000 suivaient le Seigneur (1 Rois 19:20); mais quel réveil spirituel à l'occasion de la réinstauration de la fête de la pâque, où il nous est dit que "la chose fut droite aux yeux du roi et de toute la congrégation," (2 Chron. 30:4).

Et encore, quel contraste marqué entre la prospérité croissante du peuple durant la loyauté des douze tribus envers David et Salomon, et la décadence qui eut lieu après la division sous Roboam.

Et voyez comme la condition d'Israël était terrible lorsqu'il pouvait être écrit (1 Rois 16:21) "Alors le peuple d'Israël fut divisé par moitiés: la moitié du peuple suivit Thibni, fils de Guinath, pour le faire roi; et la moitié suivit Omri. Et le peuple qui suivit Omri, prévalut sur le peuple qui suivit Thibni", par rapport à la prospérité relative de Judah et de Benjamin lorsqu'ils se soumettaient, en unité, au règne du juste Asa.

Je suis conscient qu'on pourrait dire que ces exemples de l'Ancien Testament n'ont pas de rapport direct avec la direction d'une église chrétienne; mais ces choses "ont été écrites pour notre instruction" (1 Cor. 10:11), et la fréquence remarquable avec laquelle l'unanimité est liée à la prospérité, dans ces passages comme dans d'autres encore, donne aux Ecritures un très fort témoignage en faveur de l'unité dans toutes les actions du peuple de Dieu; et la leçon est encore plus marquante quand on voit que le Nouveau Testament lui aussi poursuit dans la même direction, et met devant nous, sous la nouvelle alliance, le même précepte et le même exemple qu'avait le peuple terrestre de Dieu.

Prenons, par exemple, les exhortations suivantes--

Rom. 15:5,6 : "Or le Dieu de patience et de consolation vous donne d'avoir entre vous un même sentiment selon le christ Jésus, afin que, d'un commun accord, d'une même bouche, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre seigneur Jésus Christ."

1 Cor. 1:10 : "Or je vous exhorte, frères, par le nom de notre seigneur Jésus Christ, à parler tous un même langage, et à ce qu'il n'y ait pas de divisions parmi vous, mais que vous soyez parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis."

2 Cor. 13:11 : "Au reste frères, réjouissez-vous; perfectionnez-vous; soyez consolés; ayez un même sentiment; vivez en paix : et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous."

Galates : Le but principal de cette épître était d'amener l'Eglise à l'unité d'avis sur le sujet dont il était question; d'exhorter les croyants à marcher selon l'Esprit, et à éviter de cette manière "les intrigues, les divisions, et les sectes" dont il est dit qu'elles sont les oeuvres de la chair (ch. 5 v. 20).

Ephésiens 4:3 : "Vous appliquant à garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix." "L'unité de l'Esprit", c'est l'unité que manifeste l'Esprit lorsque le corps agit de manière unie; et c'est pourquoi dans ce passage l'apôtre poursuit aussitôt avec une révélation de l'interaction harmonieuse du corps tout entier.

Philippiens 1:27 : "Seulement conduisez-vous d'une manière digne de l'évangile du Christ, afin que, soit que je vienne et que je vous voie, soit que je sois absent, j'apprenne à votre sujet que vous tenez ferme dans un seul et même esprit, combattant ensemble d'une même âme, avec la foi de l'évangile."

Philippiens 2:2 : "Rendez ma joie accomplie en ceci que vous ayez une même pensée, ayant un même amour, étant d'un même sentiment, pensant à une seule et même chose."

Philippiens 4:2 : "Je supplie Evodie, et je supplie Syntyche, d'avoir une même pensée dans le Seigneur."

Colossiens 3:17 : Quand cette Eglise se rassemblait, ils avaient cette recommandation : "Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout au nom du seigneur Jésus rendant grâces par lui à Dieu le Père." Or, si une question avait été décidée par une majorité seulement des croyants, ceux qui faisaient partie de la minorité n'auraient pas pu remercier Dieu de la décision prise contre leur volonté; par conséquent, décider ainsi d'une question oblige certains membres à prendre part à des activités pour lesquelles ils ne peuvent pas rendre grâces, ni les faire au nom du Seigneur Jésus. Une méthode qui impose sur certains membres une conduite non-scripturaire peut-elle être elle-même scripturaire? La seule alternative serait qu'ils montrent leur opposition en refusant de participer aux activités dont ils désapprouvaient. Une telle chose peut-elle être considérée comme scripturaire en vue de l'exhortation de Philippiens 1:27 que nous avons citée plus haut, de combattre "ensemble d'une même âme"?

1 Thessaloniciens 5:13 : "Soyez en paix entre vous." Dans la section 2, j'ai cherché à montrer que les divisions sont l'un des résultats les plus probables et en effet les plus fréquents de ce mode de décision.

2 Thessaloniciens 3:16 : "Or le Seigneur de paix lui-même vous donne toujours la paix en toute manière," ce qui doit nécessairement inclure les réunions d'affaires.

1 Timothée 6:3,4; 2 Timothée 2:23; Tite 3:9 : Dans ces passages, l'apôtre condamne tantôt des hommes et tantôt des questions, et exhorte de les éviter, parce qu'ils "engendrent des contestations;" c'est-à-dire, non pas qu'à chaque fois qu'on discute d'une question insensée elle donne lieu à une dispute, mais seulement que les discussions de ce genre ont une tendance générale à provoquer des contestations. Il n'est donc pas nécessaire, pour pouvoir condamner la méthode, qu'à chaque fois qu'une décision est prise par vote majoritaire il y ait une dispute. Il suffit que le vote ait cette tendance, et qu'il ne soit pas surprenant qu'il en vienne des disputes.

Jacques 1:5 : "Si quelqu'un de vous manque de sagesse, qu'il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné." Lorsqu'une église se rassemble, et que les uns trouvent une certaine voie bonne et les autres une autre, il est évident que l'un au moins des deux groupes n'a pas la sagesse de Dieu sur la question. Cette Ecriture nous indique ce que l'on doit faire dans un tel cas. Ce n'est pas à l'opinion de la majorité que l'on se fie, puisqu'elle pourrait être dans l'erreur; et, pour la même raison, l'opinion de la minorité n'est pas fiable non plus; mais nous devons tous attendre la sagesse du Seigneur, qui sera donnée -- quand Dieu le jugera bon -- à ceux qui demandent avec foi.

Ainsi parle l'Ecriture; et en complément de ces passages, qui exhortent à "la paix", à "l'unité de l'Esprit", à "parler tous un même langage", à éviter les "divisions" et les "sectes", à être "parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis", nous avons les paroles du Seigneur Jésus dans Jean 17, et la métaphore biblique du corps; et avons aussi dans Actes 15 une illustration de la façon dont une église traite d'un problème en sa capacité de corps, ce que nous allons considérer dans ce qui suit.

8. Il semble que le Seigneur ait prévu que les préceptes et le contenu même de Sa Parole ne suffiraient pas pour empêcher que Son peuple n'adopte presque universellement la pratique du monde concernant ce sujet. C'est pourquoi Il nous a donné un récit très détaillé des discussions de l'église de Jérusalem concernant une question importante et complexe. Les apôtres aussi étaient présents, à qui il avait été confié une connaissance spéciale de Sa volonté, et qui sans doute étaient les plus aptes à indiquer quelle était la méthode la plus en accord avec la pensée de l'Esprit. Nous trouvons ce récit dans le quinzième chapitre du livre des Actes. Lorsque nous étudions de près ce récit, nous découvrons non seulement la réponse au sujet en question, mais aussi les éléments qui influaient sur les jugements des premiers chrétiens, et d'autre part, ce qui nous intéresse particulièrement, l'ordre de la discussion.

Avant de continuer, je conseille vivement au lecteur de relire ce passage avec attention afin qu'il puisse mieux apprécier les remarques suivantes.

Certaines personnes étaient venues de la Judée à l'église d'Antioche qui enseignaient aux frères que, de la même façon que la circoncision avait était depuis le temps d'Abraham un signe visible de l'appartenance au peuple de Dieu, de même eux ne pouvaient être sauvés s'ils ne se faisaient pas circoncire. Paul et Barnabas refusèrent cet enseignement, et afin d'obtenir l'avis des apôtres et de l'église à Jérusalem, les frères à Antioche ont délégué Paul et d'autres pour se rendre à Jérusalem pour discuter de la question. Et nous lisons, "étant arrivés à Jérusalem, ils furent reçus par l'assemblée et les apôtres et les anciens".

Il nous est montré que l'affaire s'est déroulée de la manière suivante :

(1) "Ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux", ce qui comprend manifestement le fait qu'ils n'aient pas enseigné la circoncision aux croyants d'entre les Gentils, ainsi que le récit de la discussion qui avait eu lieu à Antioche. Cela est évident en lisant le verset 24 où les apôtres montrent une connaissance des choses qui s'étaient passées auparavant à Antioche; choses qui leur avaient manifestement étaient rapportées par Paul et Barnabas.

Ainsi la question étant soulevée devant toute l'église, et la proposition d'imposer la circoncision étant lancée, nous voyons que,

(2) Certains des Pharisiens, n'étant pas encore libéré de leur esprit sectaire, s'élevèrent et recommandèrent qu'il soit nécessaire aux chrétiens Gentils de garder la loi de Moïse. Ce n'était pas la pratique de l'église primitive d'imposer la cérémonie de la loi judaïque sur les Gentils, ce qui nous voyons aux enseignements des apôtres et à leurs remarques à cette occasion, mais les paroles des Pharisiens mirent en évidence que,

(3) Tous n'étaient pas d'accord sur la question. A ce moment, s'ils avaient eu recours à une méthode plus moderne, ils auraient engagé un vote pour connaître l'opinion de la majorité d'entre eux, et ils auraient ainsi réglé la question. Mais au contraire, il nous est montré que lorsque cette divergence d'opinion s'est présentée,

(4) La discussion est suspendue, et on attend d'avoir réuni tous les apôtres, les anciens (v. 6), et toute la multitude des disciples (v. 12), ce qui constitue "toute l'assemblée" (v. 22), pour reconsidérer la question.

(5) Nous voyons ensuite que, le sujet ayant été repris, il y avait une "grande discussion" (v. 7), ce qui montre que l'on recontrait déjà à cette époque-là de vastes divergences d'opinions parmi les croyants. On peut supposer que si la méthode apostolique pour arriver à une décision avait été la même qu'aujourd'hui, on en aurait eu ici le récit, mais au contraire, les discussions continuent sans interruptions, et tous ont l'occasion d'exprimer leur opinion -- Pierre, Barnabas, Paul et Jacques, jusqu'à ce qu'on rencontre la remarque significative (v. 22),

(6) "Alors il sembla bon aux apôtres et aux anciens, avec toute l'assemblée", de faire certaines choses. Nous sommes ici au coeur de la question -- rien n'est fait tant que toutes les différends ne se soient effacés par l'unanimité; ensuite, on agit. Ainsi, avec l'approbation de l'assemblée toute entière, ils pouvaient écrire aux frères à Antiochee, "Il nous a semblé bon, étant tous d'accord", (v. 25). Et il est très important de remarquer que, étant parvenue à "une même pensée" (Phil. 2:2), et ayant appris à avoir "tous un même langage" pour qu'il n'y ait "aucune division parmi" eux, mais qu'il soient tous "parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis" (1 Cor. 1:10), l'assemblée peut, de façon calme et confiante, prétendre à l'autorité du Seigneur Lui-même, et dire, (v. 28), "il a semblé bon au Saint Esprit et à nous".

Ainsi il a plu à notre Seigneur de nous présenter ce récit impressionnant de la méthode qui est à suivre par l'assemblée lorsqu'elle considère des sujets d'intérêt général. Il nous enseigne que nous devons nous attendre patiemment à Lui en éclairant le sujet en question avec toute la lumière qu'Il nous a donnée, et qu'ainsi, étant parvenus à une unité d'esprit dans notre décision, nous pouvons alors prétendre à Son approbation et à Son autorité dans les choses que nous entreprenons.

Cet enseignement est à la base d'un passage qui peut, au premier abord paraître difficile, à savoir Matthieu 18:15-18. Dans ce passage le Seigneur dit que si mon frère pèche contre moi, et que je ne puisse pas par mon influence personnelle l'amener à la repentence et ainsi en finir avec l'affaire, je dois alors venir vers lui avec plusieurs autres frères.Il est évident que ces frères ne seraient pas prêts à m'aider s'ils n'étaient pas persuadés que j'avais raison et que mon frère était en tort; ainsi donc on voit qu'il devait y avoir un concensus d'opinion à ce niveau-là. Mais si le frère qui pèche refuse ces nouvelles remontrances, je dois alors remettre l'affaire à l'ensemble de l'église. Une fois de plus, il est évident que l'église n'agira pas dans mon sens si je suis dans l'erreur; mais si elle -- l'église, et non pas seulement une partie de l'église, mais "l'église", ce qui implique l'ensemble de l'église, de même que lors que nous parlons de "la ville", nous parlons de la ville toute entière -- si elle est en accord avec mon point de vue, nous voyons alors un groupe de personnes remplis du Saint Esprit (et ayant ainsi la pensée de Christ), qui sont d'un même avis sur la question. Ainsi, si le frère pécheur n'écoute pas, et ne se soumet pas à l'église, on doit le considérer comme un Gentil ou comme un publicain, c'est à dire qu'il doit être exclus de la communion fraternelle. Lorsque l'église traite une question de façon unanime, le Seigneur nous rassure que nous pouvons être sûrs de faire la bonne chose, et que "ce que nous lierons sur la terre sera lié dans le ciel", pour la simple et bonne raison que nous avons sur la terre, par l'Esprit, exprimé la volonté de notre Seigneur qui est au ciel.

Ainsi également Paul recommande à l'église de Corinthe de traiter ainsi une personne parmi eux (chap. 5, première épître), et il apprend par la suite que la discipline a produit la repentance attendue, et il leur indique donc (chap. 2, seconde épître) de le pardonner et de le recevoir à nouveau parmi eux dans la joie et la communion fraternelle des saints. Remarquons qu'il invoque dans le premier cas le nom du Seigneur Jésus, et que dans le second il prétend agir avec l'autorité du Seigneur. Nous voyons donc que la personne qui avait été "liée" pour Satan comme un malfaiteur pour la destruction de la chair, est alors, lorsqu'elle se repent, "déliée" de la sentence par l'église pour que Satan ne soit par avantagé.

Ainsi, dans ce point imminemment pratique, le Seigneur nous indique qu'Il est prêt à reconnaître la décision d'une église si cette décision est unanime. D'ailleurs, il n'existe dans Sa Parole aucun précepte ni aucun exemple qui puisse indiquer ni même laisser supposer que le Seigneur permette que l'on attribue à une partie seulement de Son peuple, l'autorité qui se rattache à Son nom. Il est possible, et c'est parfois le cas, que Son peuple, agissant par le vote majoritaire parvienne à décider selon Sa volonté. Toutefois ces personnes n'ont aucun droit scripturaire de prétendre à l'autorité du Seigneur, ni de proclamer qu'ils agissent dans Son nom, car il est clair qu'une telle autorité n'est donnée qu'aux assemblées qui agissent dans l'unanimité.

Concernant l'application du principe relaté dans Actes 15, certains diront que même si la décision par unanimité est réalisable, voire recommandable pour des sujets de grande importance, ce procédé semble contraignant et inutile pour des détails tels que par exmemple la réfection d'un halle ou d'une salle de classe, une bonne partie de l'assemblée n'ayant pas d'avis sur la question. Mais cette remarque nous semble tout à fait irrationnelle, car si le Seigneur avait entrepris de produire l'unité de pensée dans le cas des décisions importantes et complexes, pourquoi Lui serait-il difficile d'en faire de même pour des décisions relativement simples et peu importantes? Et quant à la nécessité que ces petites choses soient aussi traitées par cette méthode, je poserai simplement la question suivante : nos différences personnelles ne sont elles pas le plus souvent mis en évidence par les questions les plus insignifiantes et les problèmes apparement les plus simples? N'est-il pas d'autant plus nécessaire de traiter ces sujets de la manière la plus adaptée à produire et à préserver la paix?

Chers frères, ces nombreux passages sont écrits, et tous ces exemples sont donnés pour notre instruction, et c'est à nous de conformer nos pratiques au modèle des Ecritures. La Parole de Dieu ne donne pas la moindre raison de penser qu'il existait d'autres méthodes que celle-ci, quelle que soit la décision que l'assemblée devait prendre.

9. Il ne me reste maintenant qu'à vous proposer quelques remarques concluantes et confirmatives.

On m'a posé la question suivante : Croyez-vous que cette méthode soit réellement possible? Ma réponse est que, en matière divine, cette question est à la fois impertinente et irrévérencieuse. Pour l'enfant du Dieu Tout-puissant il n'y a qu'une seule question -- non pas, Est-ce possible? mais plutôt, Est-ce Scripturaire? ni, Peut-on y parvenir? mais, Dieu, dans Sa Parole nous invite-t-Il à le faire?

J'ai cherché diligemment à régler cette question une bonne fois pour toutes, et je peux dire : Oui, cette méthode est Scripturaire! Elle est donc réalisable. Humainement parlant, il était impossible pour l'homme avec la main flétrie de l'étendre. S'il en avait été capable il l'aurait fait bien avant. Mais lorsque le Seigneur lui a demandé de faire ce qui lui était totalement impossible, il l'a fait immédiatement; car la puissance nécessaire résidait en Celui qui en avait donné l'ordre. Il en est de cette question comme de tous les autres commandement dans Sa Parole.

D'autre part, les Apôtres s'accordent entre eux pour dire qu'ils sont des hommes de nature semblable à nous (Actes 10:26; 14:15). De même, les croyants présents à cette réunion modèle (Actes 15) avaient des préjugés profondément ancrés, des volontés humaines très prononcées, en effet ils avaient toutes les infirmités d'âme et d'esprit que certains pourraient supposer inhibitifs à cette forme de gouvernement de nos jours. Mais cette méthode n'était pas impossible à leur époque, et elle ne l'est donc pas plus aujourd'hui.

D'autre part, comme je l'ai déjà indiqué il existe dans cette ville-même de Bristol une église constituée de plusieurs centaines de personnes, dont les affaires ont toujours été réglées suivant cette méthode depuis sa fondation le 13 août 1832 par George Müller et Henry Craik. D'autre part il existe la China Inland Mission : le Conseil de celle-ci traite de l'évangélisation du vaste pays qui est la Chine; il gère et supporte plus de 750 missionnaires et beaucoup d'enseignants indigènes; il est responsable de l'acquisition et de la dépense de plusieurs milliers de livres chaque année; il est face à des problèmes bien plus complexes que ceux qui se présentent habituellement à nos assemblées; celui-ci est responsable non pas d'une seule, mais de dizaines d'églises réparties dans cet immense empire; et pourtant le Secrétaire m'a écrit en me disant que depuis la fondation de cette Mission en 1865 les affaires de celle-ci ont toujours été conduites selon le modèle des Ecritures.

Ainsi, en ces deux exemples nous avons devant nous, au total, plus de 100 années d'expérience satisfaisante de cette méthode, ce qui prouve, comme on aurait pu s'y attendre, que "pour qui garde tes commandements la récompense est grande" (Ps 19:11).

Quelle récompense? demandera-t-on. N'y a-t-il pas un risque que si les affaires urgentes ne sont pas décidées rapidement, cela ne soit préjudiciable à l'oeuvre? Je laisserai parler le secrétaire de la China Inland Mission, ce qui confirmera mes remarques dans la première partie. Je lui ai demandé : Vous est-il déjà arrivé qu'une affaire urgente, qu'il aurait été avantageux pour l'oeuvre du Seigneur de régler rapidement, ne soit retardée en attendant d'arriver à l'unanimité, et que cela ait causé un préjudice à l'oeuvre? Il m'a répondu : Non, en aucun cas. A chaque fois que nous avons rencontré un retardement, cela s'est toujours montré bénéfique après coup, et la voie à suivre s'est toujours manifestée par la suite.

Je lui ai aussi demandé : l'expérience de cette méthode a-t-elle déjà mis en évidence des avantages propres à celle-ci? La réponse était : Oui, selon notre expérience cette méthode a permis d'éviter un grand nombre d'erreurs qui aurait autrement été commises.

On m'a également informé qu'aucun inconvénient n'a été relevé en rapport avec la pratique de cette méthode.

N'est-ce pas un grand gain d'éviter les erreurs? Cette méthode ne nous met-elle pas en totale dépendance du Seigneur, ce qui a pour résultat de le glorifier? Cela ne nous permet-il pas de le "reconnaître dans toutes nos voies"? et cela ne nous permettra-t-il pas d'atteindre la promesse correspondante : "il dirigera tes sentiers"? (Prov. 3:5-6)?

Je suis persuadé qu'en prenant garde aux trois choses suivantes, toutes les difficultés associées à cette méthode peuvent être éliminées, et qu'ainsi l'unanimité puisse toujours être atteinte, lorsque le Seigneur l'estime désirable.

1) Il est important de faire le nécessaire pour s'assurer que toutes les personnes qui participent aux réunions d'église sont (a) bibliquement converties envers Dieu par la foi en notre Seigneur Jésus Christ et façon à être animés de l'Esprit Saint, Dont l'oeuvre produit l'unanimité; et (b) qu'il y a toute raison de penser par leur vie passée et par leur conduite actuelle qu'ils cherchent à faire la volonté de Dieu.

2) Notre communion personnelle avec Dieu le Père par notre Seigneur Jésus Christ dans la puissance du Saint Esprit; en pratiquant la méditation régulière des Ecritures de façon à ce que l'on puisse avancer dans la connaissance de Sa volonté; et par la prière régulière, au cours de laquelle nous amenons toutes nos actions et nos pensées sous Son inspection pour qu'Il nous montre nos erreurs et nos faiblesses; et au cours de laquelle nous recevons la grâce pour accomplir les choses qui Lui sont agréables.

3) L'application de la discipline, dans la justice et l'amour, envers ceux que la Parole de Dieu nous commande de discipliner.

Ainsi notre vie corporative doit être vécue sous l'oeil et sous le contrôle de Dieu; et l'Esprit du Seigneur parviendra à une influence grandissante sur notre être, oeuvrant en nous pour vouloir et pour faire Son bon plaisir; de façon à ce que nous soyons unis en action au travers du Saint Esprit, de même que le Père et le Fils sont Un dans la communion de l'Esprit, pour accomplir plus pleinement le désir et la prière du Seigneur; ainsi nous parviendrons à atteindre et à maintenir l'amour et l'harmonie parmi nous; ainsi, enfin, notre témoignage envers le monde sera-t-il efficace et continuel, pour l'honneur et la louange de Celui à qui appartient la gloire aux siècles des siècles.

Pour référence je vous joins ci-dessous les termes de la proposition que nous considérons actuellement.

Que le Dieu de toutes grâces nous donne la grâce d'accomplir Sa volonté, telle est la prière de

Votre frère serviteur de Jésus Christ,

G. H. LANG

Globe House, Old King Street
Bristol, August 1900


PROPOSITION

"Il est unanimement résolu qu'à l'avenir aucune proposition ne soit considérée comme décidée ni enregistrée comme résolution jusqu'à ce que l'assemblée entière y consente unanimement, au cours d'une réunion d'église; il est convenu que l'absence de toute objection envers une proposition signifie son acceptation."

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Traduit et mis en ligne par l'équipe EgliseDeMaison.com.  Nous aimerions lire vos commentaires : cliquez ici