La tradition apostolique ...
démodée ?

par Steve Atkerson


Imaginons un instant qu'une église nouvellement formée lors du premier siècle dans la ville d'Alexandrie en Égypte ait écrit une lettre aux douze apôtres à Jérusalem et que cette église soit composée de croyants d'origine juive qui aient entendu l'évangile lors d'une visite à Jérusalem. De retour à Alexandrie, ils ignorent comment s'organiser pour s'engager dans la bonne marche d'une église. Ainsi dans leur lettre ils adressent une série de questions concernant la vie de l'église :

Chers Apôtres,

· Pour quelle raison est-il important de nous réunir à titre de disciple de Christ ?
· Que devrions-nous faire lors de nos réunions d'église ?
· Combien de fois devrions-nous nous réunir ?
· Le lieu de la rencontre est-il important ?
· Devons-nous construire un temple comme à Jérusalem ou du moins une synagogue ?
· Quel genre de structure devrions-nous avoir pour diriger l'église ?
· Quelles qualités devrions-nous retrouver chez nos responsables ?
· Avons-nous vraiment besoin de responsables ?
· Quel est le but du repas du Seigneur ?
· Combien de fois devrions-nous le prendre (une fois par année, à Pâques) ?
· Devrions-nous prendre un vrai repas ou simplement avoir un rituel symbolique ?

Comment croyez-vous que les douze auraient répondu ? Auraient-ils répondu que chaque église est libre de ce qu'elle veut faire ? Que chaque congrégation, indépendamment, doit prier et suivre la direction de l'Esprit Saint ? Que chaque assemblée doit être unique, différente, et libre de toute influence apostolique ? Ou auraient-ils répondu par une série d'instructions des plus spécifiques pour la vie d'église ? Avec une manière précise de faire les choses ? Dans un ordre déterminé ? Avec des directives claires et précises ?

Cette même situation s'est présentée aux croyants depuis deux mille ans. Comment l'église d'aujourd'hui devrait-elle comprendre les façons néotestamentaires de vivre l'église ? Comme étant un modèle dépassé ? Les principes de l'église primitive sont-ils simplement facultatifs, ou sont-ils impératifs pour nous ? La tradition apostolique est-elle simplement une page d'histoire ou devrait-elle représenter la norme pour l'église ?

Le problème de l'église est complexe car le Nouveau-Testament ne dit presque rien de très impératif concernant l'église. Par conséquent, il est fréquent de voir les croyants considérer le modèle d'église néotestamentaire comme étant facultatif. Fee et Stuart dans “How to read the Bible for all its worth” affirment: « nous prétendons, comme beaucoup d'autres, que si l'Écriture ne nous dit pas très clairement de faire quelque chose, ce qui est simplement raconté ou décrit ne peut s'appliquer comme étant une norme ». Personne ne préconiserait l'exemple tragique de Jephté raconté dans Juges 11. La question pour nous est de savoir si l'Écriture nous indique clairement que nous devons reproduire les façons de faire de l'église qu'on retrouve dans le Nouveau Testament.

Cet article est un plaidoyer en faveur de la conformité dans l'Église. Nous croyons que les apôtres avaient une vision très précise et particulière pour structurer les églises. Nous sommes convaincus qu'ils voulaient que toutes les assemblées suivent ces mêmes traditions apostoliques aussi longtemps que l'église existerait.

Il y a certains fondements sur lesquels toutes véritables églises doivent porter leur attention, qu'elles soient méthodistes, presbytériennes, baptistes, pentecôtistes, anglicanes ou quoi que ce soit d'autre. Ces fondations sont la formation de disciple (Mat. 28.18-20), la croissance et le perfectionnement des saints (Ep 4.11-16), l'encouragement dans l'amour par l'exercice des dons spirituels (1 Co 12.11-14) et la célébration du Repas du Seigneur (1 Co 11). Le point que nous désirons souligner est que les apôtres étaient dans le meilleur contexte pour atteindre ces objectifs, ceci est le modèle parfait pour établir nos églises.


L'attachement aux traditions apostoliques: un choix logique.

Dans 1 Corinthiens 4.16-17, nous lisons que Paul avait prévu d'envoyer Timothée à Corinthe. Timothée devait rappeler aux Corinthiens le style de vie de Paul afin qu'ils l'imitent. Le contexte de ce passage était la fidélité de Paul dans son ministère et son humilité à titre d'apôtre. Paul écrivit donc « Je vous en conjure donc, soyez mes imitateurs. Pour cela je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur; il vous rappellera quelles sont mes voies en Christ, quelle est la manière dont j'enseigne partout dans toutes les Eglises. »

Notons l'uniformité des pratiques soulignées par les paroles de Paul. Sa façon de vivre en Christ était identique à ce qu'il avait enseigné dans chaque église où il ;était passé. Paul montrait une grande intégrité. Une tradition conforme au style de vie de Paul s'est développée à partir de son enseignement. Sa foi déterminait son comportement. Sa doctrine a naturellement déterminé son action. De la même manière, la foi des apôtres quant à la fonction de l'église a certainement influencé la manière dont les églises étaient organisées (la forme dépend de la fonction). Bien que l'importance directe de 1 Corinthiens 4 ne soit pas directement liée aux pratiques de l'église, imiter les pratiques des apôtres concernant la vie d'église semble être un choix judicieux pour n'importe quel groupe de croyants.

S'il y avait vraiment quelqu'un qui comprenait le but de l'église, c'étaient sûrement les premiers apôtres. Ils ont été choisis et personnellement formés par Jésus pendant trois ans. Après sa résurrection, notre Seigneur leur est apparu pendant une période de 40 jours (Actes 1.3). Finalement, Jésus leur a envoyé l'Esprit Saint pour leur apprendre les choses qu'Il ne leur avait pas enseignées encore (Jn 14.16). Ainsi, quel que soit ce que Jésus a enseigné à ses apôtres au sujet de l'église s'est naturellement retrouvé dans la manière dont ils organisèrent les églises.

Dans Tite 1.5, un passage traitant du sujet de l'église, Paul affirme « Je t'ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler » Le premier chapitre de Tite traite de la nomination des anciens dans chaque ville. Il est évident par ce passage que les apôtres avaient un plan défini quant à ce qui regarde l'église. Il n'a pas été laissé au soin de chaque assemblée d'organiser l'église à sa guise. Il est évident qu'un modèle défini a été établi et suivi dans l'organisation des églises. De même dans 1 Corinthiens 11.34 (passage traitant du Repas du Seigneur), Paul a dit« Je réglerai les autres choses quand je serai arrivé. »

Le théologien baptiste J. L. Dagg a écrit en 1858 que les apôtres «  nous ont enseigné l'exemple quant à la manière d'organiser et de diriger les églises. Nous n'avons aucun droit de rejeter leurs directives et prétendre arbitrairement n'être liés que par des ordres formels à ce sujet. Au lieu de choisir notre propre voie selon notre bon vouloir, nous devrions prendre plaisir à marcher dans les pas tracés par ces saints hommes de qui nous avons reçu la Parole de vie; le respect de l'Esprit par lequel ils ont été dirigés devrait nous encourager à suivre leurs modes d'organisation et de gouvernement plutôt que notre sagesse humaine. »


L'attachement aux traditions apostoliques est digne de louange.

Dans 1 Corinthiens 10.31-11.1, de nouveau Paul encourage les Corinthiens en leur disant « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ. » Le contexte de ce passage traite de l'importance de chercher les intérêts des autres, ce qui glorifie Dieu et les amène au salut. Le mot « imitateurs » (1 Co 11.1), en grec mimatai, qui est la racine du verbe imiter. Paul désirait que les croyants l'imitent à cet égard. Apparemment les Corinthiens le faisaient très bien puisque dans le verset suivant il dit « je vous loue de ce que vous vous souvenez de moi en toutes choses, et de ce que vous gardez les enseignements, comme je vous les ai donnés. » (1 Co 11.2)

Que veut dire ici « enseignement » ? Le mot grec régulièrement utilisé pour enseigner est didaskalia (base du mot didactique), mais dans ce passage ce n'est pas le mot utilisé. Au lieu de cela, le mot paradosis (tradition) est employé ici. Gordon Fee précise que le mot grec pour tradition, « paradosis », est un terme technique dans le judaïsme pour la tradition orale de l'institution religieuse. Dans ce contexte, il est certain que le mot ne se rapporte pas à l'enseignement mais plutôt aux traditions religieuses concernant le culte. La tradition est habituellement considérée comme des coutumes ou certaines manières de faire les choses. C'est un modèle de façon de penser ou d'agir qui nous a été transmis. Une définition populaire pourrait être « des choses que les gens font régulièrement ». Ce même mot en grec est utilisé sous la forme de verbe dans 1 Corinthiens 11.23 concernant la pratique du Repas du Seigneur (ce que je vous ai transmis). Le point est que la tradition doit être une chose (habituellement une pratique, telle que le Repas du Seigneur) qui soit transmise. En 1 Corinthiens 11, nous voyons l'apôtre louer une église pour son attachement aux traditions.

Considérons le mot “tous” que Paul a utilisé dans 1 Corinthiens 11.2. Il signifie « tout ce qui existe », ou, à tout le moins, « tout ce qui concerne le sujet ». Lorsque Paul a écrit ‘tous' (1 Co 11.2) quels sujets avait-il à l'esprit ? L'utilisation de ce mot suggère que l'application prévue par Paul était plus grande que le sujet traité dans 1 Corinthiens 10.31 à 11.1 (l'évangélisation). Se peut-il que le mot “tous” englobe également l'idée de l'ordre dans l'église ? Très certainement! L'éloge que Paul fait au verset 2 lui sert d'introduction pour parler d'un nouveau sujet: la tête voilée (11.3-16). Ce nouveau sujet est réellement une pratique de l'église. (Le sujet de ce chapitre n'est pas de traiter de l'application correcte de ce passage traitant du voile, mais de souligner que ce qui était approprié pour l'église d'alors l'est encore pour nous aujourd'hui).

Que suggère l'utilisation de l'expression « telles que » (11.2) en regard de leur soumission aux traditions de Paul ? Ils ont adhéré à chaque iota: c'était en sorte un genre de photocopie! Il n'y avait aucune hésitation de leur part. Paul les a félicités parce qu'ils ont gardé les traditions telles que transmises par lui. Les apôtres ont évidemment établi certaines traditions pour qu elles soient reproduites telles quelle (par exemple le voile). Notons que le mot « traditions » est au pluriel. Paul avait à l'esprit plus que le respect du port du voile. Devons-nous n'obéir qu'a cette tradition seulement, ou devons-nous suivre tous les modèles traitant de l'organisation de l'église qui se trouve dans les pages du Nouveau Testament ?

La loi mosaïque était, dans sa nature même, un modèle à suivre (un paradigme) . C'était une jurisprudence. Seuls quelques exemples de lois ont été prises en note par Moïse à titre de modèle. On s'attendait à ce que le croyant applique le modèle à d'autres secteurs de la vie qui ne sont pas spécifiquement mentionnés. Par exemple, les coins des champs devaient être en partie non moissonnés pour que les pauvres puissent se nourrir. Rien n'est mentionné quant aux plantations d'oliviers. Cela veut-il dire que la responsabilité de nourrir les pauvres n'incombait qu'aux producteurs de blé alors que le producteur d'olives pouvait cueillir toutes ses olives ? Certainement pas. Chaque cultivateur, peu importe sa récolte devait laisser une partie de sa moisson pour satisfaire les besoins des pauvres. De même, nous croyons que la tradition apostolique est, dans sa nature même, un paradigme. Si nous constatons que les apôtres étaient heureux lorsque les églises suivaient les traditions spécifiques (telles que le port du voile), alors nous devons nous appliquer à mettre en application le modèle apostolique dans la mise en place des églises.

Un paradoxe intéressant peut être observé concernant la tradition. Le mot paradosis utilisé par Paul dans 1 Corinthiens 11.2 est également utilisé par Jésus dans Matthieu 15.1-3 lorsqu'il dit aux pharisiens « Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition ? » Jésus a repris les pharisiens à propos de leur tradition alors que Paul bénit les Corinthiens qui suivent la tradition des apôtres. La tradition des pharisiens transgressait le commandement de Dieu. La tradition apostolique par contre se conforme aux commandements de Dieu. Elle respecte les commandements de Jésus. Donc, l'attachement aux traditions des apôtres est digne de louange tout comme Paul fait l'éloge des Corinthiens ( 1 Co 11.2). Nous devons être vigilants pour ne pas développer nos propres traditions d'église qui aurait pour effet de nous empêcher de faire la volonté de Dieu et de respecter les commandements du Seigneur.


L'attachement aux traditions apostoliques doit avoir un caractère d'universalité.

Paul a évité la controverse concernant le port du voile en faisant appel à la pratique universelle de toutes les églises. « Si quelqu'un se plaît à contester, nous n'avons pas cette habitude, non plus que les Églises de Dieu. » (1 Co 11.16). Cette affirmation met un terme à toute discussion et insiste sur le fait que Paul s'attendait à ce que toutes les églises fassent pareillement. De réaliser qu'il n'y avait qu'une seule église qui agissait différemment de toutes les autres suffit à clore la discussion. De toute évidence, on avait déjà insisté sur l'importance de la conformité concernant certaines pratiques dans toutes les églises du Nouveau Testament. Par conséquent, 1 Co 11:16 réaffirme ce caractère de conformité.

Dans 1 Corinthiens 14.33b-34 (un autre passage traitant de la pratique de la vie d'église), Paul mentionne un autre élément qui doit être vrai universellement: « Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées ». Indépendamment de l'application que nous faisons de ce verset, notons que Paul fait encore appel au devoir d'obéissance au modèle universel qui existe dans toutes les églises.

En conclusion, notons comment Paul réprimande les Corinthiens en 1 Corinthiens 14.36, « Est-ce de chez vous que la parole de Dieu est sortie ? ou est-ce à vous seuls qu'elle est parvenue ? » La réponse aux deux questions est évidemment: non! Ceci indique de nouveau une uniformité quant à la pratique parmi les églises du Nouveau Testament. Les Corinthiens ont été tenté d'agir de manière différente des autres églises. Évidemment, on s'attendait à ce que toutes les églises agissent en conformité aux pratiques de réunion d'église. Ces deux questions ont été soulevées pour amener les Corinthiens à s'aligner sur toutes les autres églises. L'attachement aux traditions apostoliques (le modèle d'église du Nouveau Testament) devait avoir un caractère universel et nous soutenons qu'il doit en être de même aujourd'hui.

Watchman Nee, un croyant chinois a écrit dans son livre The Church and the Work: Rethinking the Work « Le livre des Actes est la genèse de l'histoire de l'Église et l'église à l'époque de Paul est la genèse du travail du Saint-Esprit. Nous devons retourner aux sources. Seul ce que Dieu a déterminé comme modèle au début de l'Église est la volonté éternelle de Dieu. Ceci est le standard de Dieu, notre modèle pour toutes les générations. Il a révélé Sa volonté, non seulement en ordonnant mais aussi en agissant dans Son Eglise de sorte qu'à travers les siècles de nouveaux croyants pourrons tout simplement regarder au modèle et reconnaître Sa volonté


L'attachement aux traditions apostoliques nous amène dans la paisible présence de Dieu.

« Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées en Jésus-Christ. » (Phil 4.4-7). L'idée principale de ce passage est de se réjouir dans le Seigneur ce qui nous amènera la paix de Dieu indépendamment des circonstances.

Dans les versets suivants, l'église des Philippiens se voit donner la recette pour que le Dieu de paix soit avec eux. Ceci peut être aussi vrai pour les églises d'aujourd'hui. Paul leur dit « Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l'approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l'objet de vos pensées. Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. Et le Dieu de paix sera avec vous. » (Phil 4.8-9).

Les Philippiens ont été enseignés de mettre en pratique ce qu'ils ont appris, reçu, entendu ou vu de la part de Paul (Phil 4.9). La première application est d'imiter le modèle d'humilité que Christ nous a laissé, c'est-à-dire mettre notre prochain en premier et de se réjouir dans le Seigneur. Par extension, pourrions-nous inclure cette manière d'être que nous trouvons dans le Nouveau Testament au sujet de l'organisation des églises ? La manière dont les apôtres ont organisé les premières églises est clairement démontrée dans les Écritures. Dévier de la tradition apostolique à ce sujet est tout comme passer à coté des bénédictions de Dieu. Serait-il possible que les communautés chrétiennes qui modelaient leur vie en église sur celle des apôtres puissent jouir davantage de la paisible présence de Dieu ? L'ATTACHEMENT AUX TRADITIONS APOSTOLIQUES EST UN COMMANDEMENT

En 2 Thessaloniciens 2.15, on demande ceci à l'église de Thessalonique: « demeurez fermes, et retenez les instructions que vous avez reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre. » Nous voyons ici que les Thessaloniciens ont été spécifiquement commandés de garder la tradition des apôtres qui leur a été communiquée tant oralement que par écrits dans les Écritures. Aujourd'hui, les douze ne sont plus ici pour nous parler en personne. Cependant, nous avons les lettres qu'ils ont écrites qui nous font connaître leurs enseignements (le Nouveau Testament). Le contexte de 2 Thessaloniciens, chap. 2 traite des événements des derniers jours et non spécifiquement de la pratique de l'église. Pourtant le mot « enseignements » (traditions) est au pluriel; l'auteur avait à l'esprit beaucoup plus que la doctrine traitant de la deuxième venue de Christ. Est-ce que ça ne s'appliquerait pas également aux traditions concernant l'ordre dans l'église tel que défini dans le Nouveau Testament ?

Il est intéressant de remarquer que le mot « traditions » dans les versions françaises de Darby et Ostervald est traduit par « enseignements ». Ceci s'explique par le fait qu'une tradition (paradosis) peut inclure un enseignement (didaskalia), et que le contexte immédiat fait allusion à la tradition orale des apôtres traitant des derniers jours (2 Th 2.1-12). Cependant, la version Louis Second le traduit par « instruction » et plusieurs versions anglophones tel que King James, l'American Standard version, la Revised Standard Bible et la New American Bible Version ont traduit ce mot par « tradition ». Cela est une traduction acceptable du mot grec « paradosis ». L'importance de la présence de plusieurs versets mentionnant « tradition » doit être considérée sérieusement. Plusieurs croyants pensent que si les traditions apostoliques sont intéressantes, il n'est jamais ordonné de les suivre. Pourtant, que dit 2 Thess 2:15 ? Est-ce qu'adhérer à la tradition apostolique est un commandement ou simplement une suggestion ? C'est clairement un commandement. Ce n'est pas simplement aux enseignements apostoliques que nous devons adhérer mais également aux traditions apostoliques (qui sont clairement révélées dans les Écritures). Nous devons suivre les apôtres, non seulement dans leur théologie mais aussi dans leurs pratiques.

Une attitude semblable est mentionnée dans 2 Thessaloniciens 3.6-7a, « nous vous recommandons, frères, au nom de notre Seigneur Jésus–Christ, de vous éloigner de tout frère qui vit dans le désordre, et non selon les instructions que vous avez reçues de nous. Vous savez vous–mêmes comment il faut nous imiter ». Le contexte se réfère spécifiquement ici à l'attitude à prendre à l'égard d'une personne qui vit dans le désordre et la paresse. Içi, la tradition fait référence à la pratique plus qu'à une doctrine. Les apôtres désiraient clairement que les églises suivent leurs traditions. Devrions-nous ne limiter ces traditions bibliques que nous suivons présentement qu'à l'eschatologie et à des habitudes de travail ?

Roger Willians, fondateur de l'état américain du Rhode Island et de la première église baptiste en Amérique (vers 1600) est un autres exemple de leader chrétien qui croyait que les églises devraient s'efforcer de suivre le plus possible le modèle du Nouveau Testament. Cette conviction de William l'amena à fonder la colonie du Rhode Island sur le modèle du Nouveau Testament où l'église et l'état sont deux choses séparées. La conformité.

Comment pourrions-nous conclure à propos du désir de Dieu concernant l'adhésion de votre église au modèle du Nouveau Testament pour la pratique de la vie d'église ? Ils nous semblent que ce qui a été pratiqué couramment en matière de vie d'église dans le Nouveau Testament devrait être pratiqué dans les églises d'aujourd'hui. Ce modèle de pratique de vie d'église explique peut-être le dynamisme de l'église primitive qui fait cruellement défaut à l'Église d'aujourd'hui.

Si la Bible ordonne clairement quelque chose, alors nous devons évidemment obéir. Ici, la Bible commande l'attachement à la tradition des apôtres (2 Thess. 2.15). La véritable question n'est pas « Devons-nous faire les choses telles qu'elles étaient faites dans le Nouveau Testament ? » mais plus tôt « Pourquoi voudrions-nous faire les choses autrement ? »

Quelles sont les traditions apostoliques évidentes et bibliques que l'église d'aujourd'hui devrait encore observer ? Souvenez-vous, en lisant l'énumération de celles-ci, qu'elles font consensus dans toutes les dénominations quant à la façon dont l'église primitive fonctionnait :

1. Le Repas du Seigneur qui consiste en un repas fraternel complet (1 Co 11.17-34) pris hebdomadairement (Actes 20,7 et 1 Co 11.17-22) dont c'était la raison principale pour se réunir (Actes 20.7 et 1 Co 11.33).
2. Des réunions où tous participaient en toute liberté (1 Co 14.26,37, Hé 10.24-25) avec pour but l'édification, l'encouragement et la communion fraternelle (Actes 2.42, 1 Co 14.3-5,12,26 Héb 10,24-25.
3. Gestion de l'église par consensus: les anciens ne contrôlent pas l'église; ils la dirigent (Lc 22.24-27 et 1 P 5.1-4). De plus, il doit y avoir plusieurs anciens, tous des hommes et sans hiérarchie entre eux, issus de l'église locale et ayant une attitude de serviteur (1 Tim 3.1-7)
4. Des églises de dimension familiale où prédomine une attitude d'unité avec les membres ainsi qu'avec les autres communautés chrétiennes (Ro 16.5, Col 4.15 et Phlm 2), Il n'y a rien de magique dans le fait de se réunir dans une maison. C'est ce qui s'y passe qui est important, et ce type d'environnement donne de bien meilleurs résultats. La norme du Nouveau Testament est d'avoir plusieurs petites églises plutôt que des grosses églises.
5. Se réunir régulièrement le Jour du Seigneur (Mt 28.1-7, Actes 20.7, 1 Co 16.1-4 et Ap 1.9-11, le premier jour de la semaine en l'honneur de la résurrection de Jésus.
6. La présence des enfants avec leurs parents lors de la réunion d'église (Mt 19.13-15, Lc 2.41-50, Actes 21.5, Ép 6.1-3 et Col 4.16). Ainsi, les églises favorisent l'union plutôt que la division de la famille.
7. Une communauté de croyants enracinés dans leur milieu qui peut facilement avoir une communion fraternelle quotidienne. (Actes 2.42-47)
8. Une église qui se multiplie et qui se forme grâce au ministère d'ouvriers itinérants tels des apôtres, des docteurs, des pasteurs ou des évangélistes (Ép 4.11-13). De tels ouvriers peuvent s'adresser à des rassemblements beaucoup plus grands que l'église locale, non pas dans le but de remplacer celle-ci mais plutôt de la soutenir

Répétons-le, notre but est de plaider pour la conformité de l'Église. La plupart des églises suivent déjà certaines de ces traditions mais pas toutes les traditions, hélas!. De nouveau, nous nous demandons: pourquoi ? Le but de notre exposé s'adresse à ceux qui s'éloignent du modèle néotestamentaire et non pas à ceux qui désirent le suivre. Cette conformité est particulièrement importante puisque les apôtres s'attendaient à ce que toutes les églises suivent la tradition tel qu'ils l'avaient reçue (1 Co 11.2).
Les Dangers Le manque de vie

Pour que l'église ait un impact dans la société il est vital qu'elle soit d'abord une église vivante. Jésus est venu afin que nous ayons la vie, et que nous l'ayons en abondance (Jn 10.10). Une bouteille de vin a très peu de valeur si elle est vide. De même, la pratique de la vie d'église sans l'Esprit est une coquille vide. C'est comme du bois sec bien cordé mais sans feu. Jésus est la vigne, nous sommes les sarments. Sans lui nous ne pouvons rien faire (Jn 15.15). Il serait insensé de chercher à projeter une image parfaite à l'extérieur tout en négligeant ce qui est essentiel – une relation quotidienne avec le Seigneur ressuscité. Jésus est la Réalité; la tradition apostolique est l'application de cette réalité. La liberté de faire

Une tentation pour ceux qui possèdent réellement la vie véritable en Jésus est de croire qu'ils sont libres de l'exprimer à leur guise. Ayant le plus important (le vin) ils se croient assez compétents pour décider de choses secondaires comme la forme de la bouteille qui doit contenir le vin. Ils croient que l'Esprit leurs a donné la liberté de déterminer la forme que doit prendre l'expression de la vie intérieure. D'être liés par la tradition apostolique est à leurs yeux une manière d'agir comme les singes. Dès que quelqu'un est en Christ, disent-ils, il est libre de vivre cette vie en Christ comme bon lui semble. Pourtant, Jésus lui-même nous a mis en garde contre le danger de mettre le vin dans un contenant inapproprié au risque de perdre le contenu (Mat. 9:17). Savons-nous mieux organiser l'église que les apôtres ? Paul a spécifiquement dit « Si quelqu'un croit être prophète ou inspiré, qu'il reconnaisse que ce que je vous écris est un commandement du Seigneur. » (1 Co 14.37) Le légalisme

Y a-t-il des exceptions justifiables aux modèles du Nouveau Testament ? Oui. A titre d'exemple prenons le sabbat, « Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat » (Mc 2.27). De la même manière, les gens sont plus importants que l'adhésion ferme et rigide au modèle du Nouveau Testament. A propos des exceptions, le pasteur Beresford Job de Londres nous mets en garde en disant « Nous devons nous assurer que nous ne laisserons pas les exceptions devenir la nouvelle norme à cause de circonstances particulières. Prenons par exemple le baptême d'eau. Bien que la façon de faire n'est pas précisément définie dans les Écritures, nous savons comment l'église primitive le pratiquait (une autre tradition apostolique). C'était par immersion (c'est ce que signifie le mot grec baptizo). Le baptême dans le Nouveau Testament se faisait par l'immersion complète du croyant dans l'eau faisant immédiatement suite à une profession de foi au Seigneur Jésus. Mais supposons qu'une personne quadraplégique, clouée au lit, vienne au Seigneur. Le baptême par immersion serait clairement hors de question. Dans cette situation précise, il serait plus approprié d'envisager un autre mode de baptême. Bien que non scripturaire, ce serait fait dans le même esprit que celui de la tradition apostolique. Cependant, rien de ce nous venons de dire peut s'appliquer au baptême d'une personne bien portante. La manière traditionnelle serait alors utilisée de façon conforme à la volonté du Seigneur.

Darryl Erkel, ardent défenseur d'un renouveau dans l'Église a soulevé avec justesse le « danger de faire du modèle du Nouveau Testament une forme de légalisme qui nous amènerait à nous éloigner de nos frères dans la foi parce qu'ils ne font pas les choses tout à fait de la manière que nous jugeons appropriée. Nous devrions toujours faire attention de ne pas laisser croire à d'autres que leur église est dans l'erreur ou que Dieu les met à l'écart parce qu'ils ne suivent pas le modèle apostolique. Ce ne serait que pur orgueil de notre part. Nous devons chercher des occasions pour démontrer avec respect qu'il y a une meilleure façon de faire – une manière qui favorise une meilleure croissance spirituelle des enfants de Dieu et que cela permet un meilleur fonctionnement de l'église en appliquant le modèle de l'Église du Nouveau Testament.

Si la Bible garde le silence sur un sujet – s'il n'y a aucune directive ou modèle ou principe à suivre – alors nous avons la liberté de faire ce que nous désirons en suivant la direction de l'Esprit Saint. Nous ne préconisons pas une interprétation négative de la Bible qui dirait que si une pratique ne se retrouve pas dans les Écritures, nous ne pouvons l'adopter. Plutôt, nous favorisons une herméneutique normative qui insiste sur le fait que nous devrions nous en tenir aux pratiques de l'église primitive. Les silences de la Bible nous laissent la liberté.

Il y a une grande différence entre garder la tradition apostolique et reproduire de manière irréfléchie tout ce que l'on voit dans le Nouveau Testament (porter des sandales et des toges, écrire sur des parchemins, lire avec des lampes à l'huile etc.) Le point important est de placer notre attention sur les pratiques de l'église du Nouveau Testament. Nous devons également éviter de créer des modèles qui ne se trouvent pas dans le Nouveau Testament. Prenons par exemple le chapitre 4 des Actes où les chrétiens mettaient tout en commun. Ce fut un événement unique vécu dans une seule église. C'est une option pour les croyants de tous âges d'en faire l'expérience mais ce n'est ni une directive, ni un modèle biblique

CONCLUSION · Dieu dirige par le modèle biblique (tradition) aussi bien que par les principes bibliques (enseignement). · Les modèles concernant la vie de l'église sont clairement définis dans le Nouveau Testament et doivent être respectés par les églises à travers l'histoire. · La tradition apostolique (tel que décrite dans la Bible) est parfaitement conforme à l'enseignement apostolique. · Les plus importantes traditions de la vie d'église du Nouveau Testament sont le Repas du Seigneur hebdomadaire pris dans le cadre d'un véritable repas fraternel (1 Co 11), les réunions régulières de l'église où tous participent (1 Co 14), la gestion de l'église par consensus (les anciens qui dirigent et non qui imposent leurs règles (Luc 22.24-26) et enfin, que les rencontres d'église se font dans les maisons (Ro 16.5). · Suivre le modèle du Nouveau Testament ne signifie pas de suivre aveuglément la culture romaine (comme porter des toges, écrire sur des parchemins, s'éclairer avec des lampes à l'huiles, etc…) Ce dont nous parlons ici c'est de la vie pratique de l'église de maison. Il doit y avoir des raisons évidentes pour soutenir le principe d'attachement aux traditions apostoliques. · Suivre le modèle du Nouveau Testament ne veux pas dire que toutes les églises se doivent d'être identiques. Il doit y avoir, bien sûr, une liberté à l'intérieur du cadre de base (voir le 4ième point ci-haut). · Les églises de maison du N.T. ne mettent pas l'emphase sur les programmes d'enseignement ou sur la construction de bâtiments comme dans les églises conventionnelles. Pour cette raison, certains ont affirmé de manière erronée que les églises de maison sont mal organisées. La fidélité au Seigneur et à sa Parole a comme conséquence l'apparition de groupes de croyants qui vivent l'église telle que Dieu le veut. Les églises de maison peuvent ne pas être institutionnelles mais elles se doivent d'être organisées. Suivre les traditions établies par les apôtres signifie qu'il doit y avoir des responsables clairement identifiés, des réunions régulières et ordonnées, une théologie solide et appropriée, une discipline appliquée dans l'église et le repas du Seigneur célébré à chaque semaine. · Si Christ n'est pas au centre de la vie d'église, ces modèles ne sont que légalisme, formules creuses, coquilles vides (Jn 15:5) Nous avons besoin d'utiliser les outres appropriées pour y mettre le vin, mais plus important encore, nous avons besoin d'un excellent vin. Cependant, ces deux éléments fondamentaux doivent agir simultanément car l'un sans l'autre mène à la catastrophe (Lc 5:36-38).

Souvenons-nous de la citation précédente des professeurs Fee et Stuart disant que ce qui est simplement relaté ou décrit ne peut jamais fonctionner d'une manière normative ? Dans la deuxième édition de leur livre, ils ont légèrement modifié cette affirmation qui se lit maintenant comme suit: «  à moins que les Écritures nous indiquent explicitement que nous devons faire quelque chose, ce qui est seulement relaté ou décrit ne fonctionne pas d'une manière normative - à moins qu'on puisse démontrer par des faits nouveaux que l'auteur voulait qu'il en soit ainsi ». Nous avons essayé de démontrer que les apôtres voulaient en effet que les églises se conforment au modèle de vie en église qu'ils avaient transmis.

Pour quelle raison la majorité des responsables d'église n'ont-ils pas choisi de suivre le modèle biblique de l'église primitive ? Est-ce parce qu'après avoir étudié les textes bibliques que nous avons cités ici, ils ont rejeté la compréhension que nous en avons? ?Nous constatons que dans les séminaires on attache peu d'importance au rôle que devraient jouer les traditions apostoliques. Nous croyons que les pasteurs ont simplement adopté les traditions historiques héritées de leurs dénominations. Beaucoup d'églises aujourd'hui se sont retranchées dans les traditions culturelles d'église qui ont été développées après la fin de l'ère apostolique. Dans tels cas, il y a danger d'invalider la tradition inspirée des apôtres au profit d'une tradition plus moderne (Mt 15.1-3).

Nous partageons les sentiments de Jim Elliot, missionnaire et martyr qui a écrit: « le point central de tout ce débat tient à savoir si Dieu a, oui ou non, révélé un modèle universel pour l'église dans le Nouveau Testament. Si Dieu ne l'a pas fait, alors n'importe quoi fera l'affaire, d'abord que cela fonctionne. Mais je suis convaincu que cette Église, chose si chère au cœur de Christ, Son Épouse, n'aurait pu être laissée sans instructions explicites quant à son organisation.. Je suis encore plus convaincu que le 20e siècle n'a nullement tenté d'imiter ce modèle dans sa façon d'amener les gens à vivre l'église Si Dieu a un modèle pour l'église, il m'incombe de le trouver et de l'établir, quel qu'en soit le prix ».

Steve Atkerson

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Traduit par Sylvain Bigras et mis en ligne par l'équipe EgliseDeMaison.com.  Nous aimerions lire vos commentaires : cliquez ici